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Juillet 2010

La zone EURO prévaudra, mais ISRAËL ne doit pas y adhérer
par Stanley FISCHER, Directeur de la Banque Centrale d'Israël



Stanley FISCHER, homme de Banque Centrale, par excellence, s'est exprimé à l'occasion des journées de rencontres avec la Chambre de Commerce Angleterre-Israël fin juin 2010, dans le journal économique israélien "The Marker".

Tant que l'on évite les sujets de la pauvreté, de l'inégalité économique et de l'éducation (ce que Fischer a réservé pour la fin de son discours) et que l'on s'en tient  à la macroéconomie, l'histoire d'Israël n'a jamais été plus facile à vendre. Alors que Wall Street chutait et que crise secouait l'Europe, Israël a été un bastion de stabilité, de conservatisme et de politique économique responsable.

Fischer a commencé son exposé par un avertissement: sur la base de l'évolution des marchés ces dernières semaines et sur de nouvelles informations parvenues à la Banque d'Israël, le niveau d'incertitude et de risque sont de plus en plus importants. Ensuite, son discours est devenu plus positif. Il a examiné les paramètres économiques qui distinguent Israël de l'Occident en 2009: comment la consommation privée a augmenté en Israël alors qu'elle a durement chutée dans le reste du monde. Dans le monde, les investissements se sont effondrés; en Israël, la baisse a été modérée.
Le marché du travail israélien est flexible, a déclaré Fischer: bien que les économistes aient tendance à  désapprouver les syndicats, il pense que la fédération syndicale israélienne Histadrout s'est comportée intelligemment pendant la crise. Aussi, de nombreux travailleurs ont choisi de réduire leurs heures de travail de 5% à 6% en moyenne plutôt que de perdre leur emploi, a-t-il dit.

Il n'a également pas tari d'éloges sur les banques: comme les Israéliens ne peuvent pas parler du temps - il ne change jamais - ils parlent de leurs découverts, a-t-il plaisanté. Pourtant, les découverts ne sont pas devenus un fardeau économique, et les Israéliens sont parmi les plus grands épargnants au monde - l'une des principales raisons pour lesquelles Israël a aussi bien résisté à la crise économique mondiale, a dit M. Fischer. Il a ajouté que l'intérêt sur les découverts en Israël est relativement faible. Aucune banque hypothécaire israélienne  ne prêtera plus de 60% à 70% du prix d'achat d'une propriété,  a déclaré Fischer à son auditoire britannique: vous ne trouverez pas une hypothèque de 105 % de la valeur des actifs en Israël, comme cela avait été offert à en Occident. Ainsi, a-t-il dit, Israël n'a jamais développé de bulle immobilière.

Notre ennemi, c'est nous. En ce qui concerne l'intervention massive de la Banque d'Israël sur le marché des changes au cours des deux dernières années, Fischer a reconnu qu'une règle de 10 ans avait été brisée. Il n'y avait pas de choix: La Banque d'Israël ne pouvait guère rester inactive alors que le shekel grimpait rapidement et qu'alors  les exportations étaient menacées. Cela a également donné à la Banque Centrale une occasion d'augmenter les réserves d'Israël en devises étrangères.

Interrogé sur la cause principale de l'appréciation du shekel, M. Fischer a répondu par une citation du dessinateur Américain Walt Kelly: «Nous avons rencontré l'ennemi et c'est nous." L'afflux en Israël de devises, alors que la crise économique mondiale diminuait d'ampleur, n'était pas l'œuvre de spéculateurs, a-t-il dit, mais plutôt des Israéliens qui réduisaient leurs investissements à l'étranger et rapatriaient leur argent.
Fischer a salué la haute technologie israélienne, qui est responsable de 51% des exportations, contre 36% il ya quinze ans, et fait l'éloge  du Directeur Général du Ministère des Finances, Haim Shani, pour son plan visant à protéger la compétitivité du secteur. Pourtant, la croissance israélienne ne peut pas dépendre uniquement de la croissance de la haute technologie, a mis en garde Fischer.
Que faire quand la crise frappe les exportations? "Israël doit faire ce que les Chinois font", tout en l'ajustant à la taille un plus petite d'Israël, a-t-il dit, et doit encourager la demande intérieure". Il a partagé ses opinions sur un large éventail de sujets avec TheMarker (journal économique israélien), dans une interview qui a été menée en hébreu.

Que se passera-t-il si les exportateurs prennent un coup.
Vous proposez un nouveau paradigme pour la politique macroéconomique. Depuis la création d'Israël, la politique économique a mis l'accent sur les exportations et sur les devises. Vous dites que nous pouvons penser dans deux directions, l'exportation et le marché intérieur?

Fischer: "Oui. Pendant des années, nous avons eu un excédent du compte courant et par conséquent, nous pouvons générer la croissance de la demande intérieure, même si les exportations chutent ou ralentissent. Nous pouvons continuer à croître même lorsque la demande globale est faible. Bien sûr, il est important d'améliorer constamment l'avantage concurrentiel d'Israël, mais nous pouvons aussi penser à la demande intérieure, par exemple, le plan du gouvernement pour développer les infrastructures. "

Dites-vous cela parce que vous pensez que l'économie mondiale pourrait à nouveau plonger dans la récession?

«La situation en Europe est moins bonne que nous l'avions espéré. Cela ne signifie pas que la croissance économique européenne sera nécessairement faible. La dépréciation de l'euro va aider l'économie européenne. Certains pays en tirent grand profit, comme l'Allemagne et la France. Le problème est que l'Europe en tant que cible importante pour les exportations mondiales, s'affaiblira, ce qui nuira à la croissance économique mondiale. Le rythme de la reprise américaine n'est pas non plus clair. "

La dette publique dans la plupart des pays se développe rapidement. Êtes-vous préoccupé par la crise d'une dette souveraine énorme?

"Non, je ne pense pas que cela se produira. Je ne peux pas dire que un ou deux pays ne vont pas faillir d'ici la fin de la décennie, mais je ne vois pas une grande crise mondiale de la dette souveraine."

Un ou deux pays - Vous voulez dire les petits, pas les grands comme la Grande-Bretagne, où la dette a également augmenté rapidement.

"Non, je ne veux pas parler de la Grande-Bretagne. Le nouveau gouvernement comprend bien ce qu'il faut faire, et agit rapidement."
Non, nous ne devrions pas rejoindre le bloc euro"

Vous n'êtes pas d'accord avec votre collègue Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef au Fonds Monétaire International, à propos de la crise de la dette souveraine?

"Rogoff était préoccupé par la politique macroéconomique dans de nombreux pays qui consistait à faciliter le crédit  autant que possible, augmentant ainsi les déficits. Il avait raison de s'inquiéter alors, des facilités accordées pour augmenter le crédit. La question est de savoir si tous les pays peuvent faire les changements nécessaires, mais nous voyons un changement de direction. "
Les États-Unis réussissent, en général, à convaincre tout le monde à suivre leurs ordres. Pourtant, au cours du mois passé, a dit M. Fischer, Washington a essayé de persuader les Européens de ne pas appuyer sur les freins budgétaires et à poursuivre le renforcement des déficits, mais les Européens ont dit non. Comme la Grèce a chancelé, ils se sont peut-être rendu  compte que certains pays devaient freiner l'expansion monétaire, a expliqué le gouverneur.

Est-ce que le danger de la désintégration du bloc euro est passé?

"Oui. Je pense qu'à l'avenir le bloc euro aura davantage de pays qu'aujourd'hui."

Beaucoup de gens pensent encore que l'union monétaire ne peut pas travailler, qu'elle ne donne pas suffisamment de souplesse aux pays souverains pour résoudre leurs problèmes particuliers.

"Tout le monde dit que l'euro a été un projet politique et que les questions économiques ont été mises à l'écart. Mais ce n'est pas seulement politique: les gens oublient que l'Europe a eu des problèmes graves avant la création de l'euro. A partir de 1970 l'Europe a subi des fluctuations dans les taux de change des pays du Bloc. Ils avaient toutes sortes de mécanismes pour régler le problème du taux de change mais dans l'ensemble c'était un beau désordre. Chaque fois qu'un pays a déprécié sa monnaie, il a déstabilisé le système. L'union monétaire avait une  justification économique et pas seulement politique. Certains disent que la Grèce ne serait pas parvenue à cette situation si elle n'avait pas fait partie du bloc de l'euro, mais c'est une erreur de penser que sans l'euro sa vie aurait été plus facile. L'Italie, par exemple, était dans un désordre complet jusqu'à ce qu'elle rejoigne le bloc euro. "


Si vous soutenez si fort l'euro, pensez-vous qu'Israël devrait rejoindre le bloc un jour?

"C'est une question politique d'abord puis seulement économique ensuite."

OK, laissons la politique en dehors de cela et examinons les facteurs économiques.

"Economiquement, nous avons un gros avantage dans la liberté de mouvement économique. Je pense qu'à l'avenir il y aura de grands changements entre le dollar et l'euro et le yuan chinois. Notre commerce est très équilibrée, géographiquement. A l'avenir, nos exportations se répartiront comme suit: un tiers vers les États-Unis, un tiers vers l'Europe et un tiers vers l'Extrême-Orient ... la structure des échanges des membres du Bloc euro est très axée sur le bloc. Par conséquent, le rejoindre ne serait pas d'un grand avantage pour nous. "

Faut-il resserrer la surveillance?

La Banque d'Israël est fortement axée sur la stabilité du système financier. Qui va prendre soin de la concurrence, le consommateur et l'investisseur? Sans concurrence, comment pouvons-nous générer de la productivité et de la croissance économique?

"C'est une question brûlante. Nous pouvons examiner le modèle néerlandais. Là, le rôle de protection des consommateurs est indépendant de la banque centrale. Quant à la concurrence, c'est une question plus dangereuse. Dans un petit pays, les banques ont des avantages de taille, et nous devons être prudents lorsque nous surveillons la concurrence entre ces banques. Il faut encourager la concurrence sans compromettre leur stabilité. Vous ne pouvez pas gérer l'un sans l'autre, parce que le coût d'une erreur en ce qui concerne la stabilité peut être terrible, comme nous l'avons vu dans les derniers deux ans. Par conséquent, je ne pense pas que la réponse réside dans l'augmentation du nombre de banques, mais plutôt à les surveiller plus,  à établir plus de règles et de réglementation. "

Dans le rapport  de la Banque d'Israël vous avez mis en garde sur la concentration du pouvoir économique en Israël. Depuis lors, nous n'avons pas vu de mesures.

"Il ya deux sortes de problèmes, ici, celui de l'économie et un problème plus vaste, le problème politique et démocratique de l'impact sur l'ensemble du pays. C'est une question où le gouvernement doit décider, non pas la Banque d'Israël."

Passons des questions brûlantes à la stratégie. Que devrait être la stratégie économique d'Israël dans les cinq à 10 prochaines années?

"Il ne fait aucun doute que l'éducation, y compris l'enseignement supérieur, est cruciale pour l'avenir de l'économie. Si nous ne faisons rien pour y faire face, ce sera une grande menace. Si nous agissons, ce sera une opportunité. Nous devons préserver l'avantage relatif d'Israël en tant que pays industriel avancé, et pays d'entrepreneurs. A cet égard, je crois en les plans présentés par le Ministre des Finances Yuval Steinitz en coordination avec le Professeur Manuel  Trajtenberg du Conseil de l'Enseignement Supérieur, et le plan de Haim Shani pour encourager la haute technologie. "
Il est également crucial de rendre plus simple de faire des affaires en Israël, a ajouté Fischer.

Vous n'avez pas mentionné la qualité de la gestion dans le secteur public et la gouvernance.

"Je ne pense pas que vous avez besoin de moi pour cela. Vous connaissez vous-même les réponses. Nous devons examiner notre situation dans une perspective internationale. Peut-être le fait de rejoindre l'OCDE va nous aider à apprendre des endroits où la gouvernance est plus efficace."


Jean KAUFFMANN

Jean@Isrenet.com                       Téléphone portable: +972 (0) 54 638 18 03                  Jérusalem



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